And now, rock 'n roll !!!!!!

Bon, là, je suis censée bosser. Bon, sauf que c'est le weekend de Pâques, qu'il fait un temps estival, bref qu'aujourd'hui était ma journée "je suis toute seule tranquille chez moi, alors je vais en profiter pour me reposer et me bichonner, ça change de courir tout le temps et ça fait sacrément du bien". Aujourd'hui donc, je n'ai pas bossé, et à la place, j'ai regardé Good Morning England de Richard Curtis (2009) qu'on m'a gentiment prêté en DVD. Et y a pas pas à dire, it rocks! Et je dirais même plus, ça rock sévère!!!
Synopsis
"Carl vient de se faire renvoyer du lycée, et sa mère a décidé qu'il irait réfléchir à son avenir auprès de son parrain, Quentin. Il se trouve que celui-ci est le patron de Radio Rock, une radio pirate qui émet depuis un bateau en mer du Nord peuplé d'un équipage éclectique de DJ's rock and roll. À leur tête se trouve le Comte, un Américain exubérant, véritable dieu des ondes en synergie totale avec la musique. A ses côtés, ses fidèles animateurs : Dave, ironique, intelligent et d'un humour acéré ; l'adorable Simon, qui cherche l'amour ; l'énigmatique Midnight Mark, séduisant et silencieux ; Wee Small Hours Bob, le DJ des petites heures du matin, accro à la musique folk et à la drogue, Thick Kevin, qui possède l'intelligence la plus microscopique du monde ; On-the-Hour John, le chroniqueur des actualités, et Angus "The Nut" Nutsford, qui est sans doute l'homme le plus agaçant d'Angleterre...
La vie en mer du Nord est riche en événements..."
J'ajouterai à ce synopsis un poil de contexte historique qui a son importance: nous sommes en 1966 et l'Angleterre fait tout pour résister au raz-de-marée que provoque le nouveau son pop-rock. La BBC ne diffusant même pas une heure par jour de cette musique "barbare", les radios pirates sont écoutées par plus de 50% de la population, soit un sacré paquet de monde. Mais notre charmante petite équipe d'animateurs politiquement incorrects va avoir maille à partir (je ne sais absolument pas si ça s'écrit comme ça, mais cette expression m'est venue naturellement... ça m'inquiète... ce doit être l'influence du boulot et des bouquins de tricot que j'ai avalés...) avec les autorités, puisque le ministre himself a décidé que les radios pirates et particulièrement Radio Rock regroupant "les drogués, les hors-la-loi et les pédérastes de feue notre grande nation" devaient être éradiquées des ondes anglaises. Le compte-à-rebours est lancé!
Voilà, vous avez là toute l'histoire du film, ne cherchez pas trop un scénario. Parce que sincèrement, le scénario, on s'en fout! Mais alors, comme de l'an quarante. Evidemment, si vous n'aimez que les films cérébraux, passez votre chemin, mais si vous avez juste envie de passer un vrai bon moment, sans vous prendre la tête, allez-y, foncez! Ce film déchire!!!
Avant tout, je tiens à revenir sur la critique principale que j'ai trouvée en jetant un oeil à ce qui se disait sur internet: l'absence de scénario. Oui, c'est vrai, l'histoire est à peu près indigente: on a d'un côté le méchant, un ministre salement coincé qui voue une haine sans nom au rock parce qu'il représente la décadence à l'état pure, et de l'autre une bande de doux dingues qui vouent leur vie à la musique, et parmi eux, le jeune Carl qui va découvrir la vie. C'est vrai, c'est un brin caricatural, c'est vrai, il n'y aura aucun rebondissement spectaculaire, notre jeune premier finit par s'envoyer sa promise, les radios pirates vont mourir mais le film se finit malgré tout dans l'allégresse, et de toute façon, on sait très bien que le rock vaincra!
Mais si je peux me permettre encore une fois: on s'en tape. Parce que le film n'a jamais voulu raconter une histoire haletante. De toute façon, tout est dans la bande-annonce. Ah non, pas le fait que ça finit bien, mais en même temps, ça on le sait aussi, c'est une comédie, c'est écrit dessus, et il n'y a pas tromperie sur la marchandise. Voilà, le tout c'est de savoir ce qu'on va voir. Ce film, c'est une comédie de caractères, il nous présente une galerie de personnages, certes caricaturaux (comme dans toutes les comédies au passage), mais souvent tordants et toujours terriblement attachants. Et, ce qui ne gâte rien, incarnés par une chiée de bons acteurs bien british pour la plupart (aaah, l'accent de Quentin...)
Parlons-en justement des personnages et des acteurs.
D'abord, honneur aux méchants, et avant tout à la guest star, j'ai nommé Kenneth Branagh dans le rôle du ministre. Coincé du cul, étriqué et plus obstiné qu'un troupeau de mules dans sa volonté obsessionnelle de détruire les radios clandestines, c'est un vrai méchant, détestable à souhait. Mais en plus, il est sujet à des crises de colère, pendant lesquelles il s'autorise quelques jurons bien sentis. Ajoutez à ça, son homme de main (son "private assassin" comme il dit) qui est, malheureusement pour lui, affublé du patronyme de "Twatt" (soit "con", dans les deux acceptions du terme, la plus obscène semblant être d'après mes recherches dans le dictionnaire la plus courante, contrairement au français actuel), et vous comprendrez à quel point Richard Curtis avait bien envie, malgré sa visée de comédie tout public de faire un film délicieusement impertinent, voire provoquant.
Du côté de nos joyeux DJs, c'est Quentin (Bill Nighy, qui a une tête qui dit furieusement quelque chose et pour cause vu la longueur de sa filmographie. Pas toujours évident de le resituer, moi j'ai retenu surtout Rufus Scrimgeour dans Harry Potter, et j'ai dû le voir aussi dans Underworld, mais impossible de me rappeler qui est son personnage (Victor), et pourtant il doit être un peu important vu qu'il joue dans tous les opus... Et dans Shaun of the dead aussi.) qui fait office de patron et tout à la fois de chef de bord. La grande classe, toujours en costard ou en uniforme et un délicieux accent britannique, il a vraiment l'air respectable (à l'exception peut-être de ses lunettes de soleil aux verres rouges...). Mais je ne suis pas certaine qu'un véritable gentleman aurait proposé un pétard à son filleul, ni qu'il aurait expliqué aussi cash à son présentateur phare s'apprêtant à briser le grand tabou et à prononcer "the F word" à la radio que "one day you'll be able to say "wank", or even "cock" on radio, but "fuck", never" ["un jour on pourra dire "branler" ou même "bite" à la radio, mais "niquer", jamais"]... Un pur délice!
Le présentateur phare, maintenant, c'est The Count, un américain gouailleur et provoquant, qui se fout des conséquences de ses actes comme de sa première paire de chaussettes. En gros il n'en fait qu'à sa tête. Et c'est Philip Seymour Hoffman, la star du film. Sauf qu'il va se retrouver en concurrence direct pour le titre de vedette de Radio Rock, car devant la menace du gouvernement, l
'ex animateur vedette de l'antenne est de retour des States, j'ai nommé le cultissime Gavin. Sexy, provocateur, un peu arrogant, bref, relativement insupportable et pourtant tellement irrésistible. Et au look dévastateur, du costume violet à la chemise turquoise en passant par la veste type amiral (ou Sergent Pepper en moins flashy, au choix)... Rhys Ifans, qu'on retrouve aussi dans Harry Potter, dans le rôle de Xenophilius Lovegood...
Dans la lignée des sexy guys (parce que nos animateurs radios ont beau être entre couilles la plupart du temps -- ou presque, la seule femme à bord, Felicity, étant lesbienne... et cuisinière -- ce sont pour la plupart de sacrés tombeurs), Dave, dit "Dr Dave" (Nick Frost, soit Ed dans Shaun of the dead), clairement orienté sous la ceinture.
"Big, but beautiful". Auteur de la phrase qui résume le mieux l'ambiance de Radio Rock "Welcome on the boat of love". Lui c'est la technique du beau-parleur, qui embobinne toutes les nanas, qui finissent inéluctablement dans son lit. Mais à ce petit jeu-là, le plus fort, c'est indéniablement Mark, dit "Midnight Mark", "the sexiest man on earth", dixit Quentin. La preuve par l'image.
Mark's "busy day"
Et aussi étonnant que ça puisse paraître, il semblerait bien qu'Angus ne soit pas en reste au palmarès des conquêtes, malgré son statut d'éternel bouc-émissaire. Il faut dire qu'il est VRAIMENT énervant.
De l'autre côté, on a le clan des "frustrés": Felicity, toujours laissée de côtés par les hordes de fans, malheureusement hétéros, qui débarquent tous les 15 jours; John, le petit binoclard qui ressemble vraiment à un fils à papa et qui ne vibre "que pour l'information, et la météo... surtout la météo en fait"; Harold, le black de service qui ne sert pas à grand chose mais qui est quand même tout gentil; Bob, la bête pleine de cheveux qui ne sort de sa piaule que pour faire la pré-matinale et éventuellement se ravitailler de temps et temps entre un joint et un album folk; Simon, le pauvre mais adorable puceau qui se réserve pour sa nuit de noces; et enfin l'inimitable "Thick Kevin", toujours à côté de la plaque (la façon dont il fait trouver Robin des bois, puis Jésus à Carl est extraordinaire!).

A cette joyeuse petite bande, il faut bien sûr ajouter nos jeunes premiers, la sémillante Marianne, nièce de Quentin, et évidemment, le jeune Carl, joli petit minois à croquer, qui vient "apprendre la vie", et qui ne sera pas déçu du voyage. La vie, l'amour, tout ça, l'amitié et la famille en prime, on ratisse large, sans oublier bien entendu, le "sex, drugs and rock 'n roll". Vaste programme!
Pour finir, on ne peut pas faire l'économie de la bande-son, elle est la raison d'être du film. Une programmation de tueurs à base de bon rock des sixties. Un cocktail d'émotion et surtout de pêche à l'état pur. C'est THE truc, qui fait qu'on sort heureux de ce film, le sourire étincelant, et une furieuse envie de chanter et de se trémousser. C'est pour ça que je vais essayer de toute urgence d'acheter ce film (et sa BO, ainsi d'ailleurs que Hairspray et C.R.A.Z.Y.), en guise de remède miracle contre la déprime !! A consommer sans modération. D'ailleurs, je compte bien le revoir demain matin pour me motiver à bosser :p
Dernier petit détail, le DVD vaut le coup pour deux scènes coupées, assez excellentes: le sabotage de Radio Sunshine (dont le slogan est "Who needs The Beatles when you have Herman Hermits?"), et le début du glacial dîner de Noël chez le ministre, merveilleuse scène de jeux de mots sans fin sur le patronyme de ce pauvre Twatt qui ne sait plus tellement où se mettre, tandis que la femme du ministre retient avec peine un bon fou-rire derrière son sourire figé. Ah oui, et évidemment, vous l'aurez compris, c'est un film qui ne se conçoit qu'en VO...
